La grenade par Jules Lamy

Publié par Michel Mortier le

I »Le patriotisme n’est pas seulement l’amour de la terre, mais aussi le respect du passé ». Numa Denis FUSTEL de COULANGES (°Paris 1830 -Massy 1889)
Préambule
ttribut vestimentaire à caractère utilitaire à son origine, l’aiguillette devint au fil des années une marque distinctive de la Cavalerie d’abord, des Troupes d’Elite ensuite.
Simple cordonnet à bout ferré, puis présentant un aspect ornemental de plus en plus sophistiqué, l’aiguillette varia de couleurs au cours des siècles, ceci en fonction des Corps et des grades auxquels appartenaient ceux qui l’arboraient.
L’aiguillette de la Gendarmerie française – héritière de la Maréchaussée – a, quant à elle, toujours été blanche et portée à gauche.
Maintenant les traditions de sa grande soeur, la Gendarmerie belge adopta l’aiguillette en ne dérogeant pas à cette dernière règle qui, comme toute règle qui se respecte, est toutefois confirmée par des exceptions…
C’est l’histoire de l’aiguillette à travers le Temps que je me propose de vous conter.
1. Les origines de l’aiguillette
ordon terminé par un ferret ou pointe de métal, afin de faciliter le passage de ce lien à travers un ou plusieurs oeillets », telle est la définition qu’en donnait Viollet-le-Duc(1).
L’appellation « aiguillette », qui s’est orthographiée asguillette ou éguillette selon les époques, désigne en fait le tout pour la partie.
En effet, ce mot provient du terme « aiguille » et indique en réalité le morceau de métal garnissant le cordon à ferret.
Elle consistait, au Moyen-Age, en un ou plusieurs cordonnets servant à relier entre elles les différentes parties du vêtement ou de l’armure, terminés à leurs extrémités par des éléments métalliques: les ferrets.
Cordons ou tresses selon l’usage, tantôt en soie, en fil, en chanvre ou en cuir, ils se nommèrent initialement « cordonnets », « lacets » par la suite et enfin « aiguillettes ».
Du XIIIe au XVe siècles, il n’en fut fait l’usage qu’à des fins utilitaires, en tant que pièces d’assemblage de l’habit, de l’armure ou du pourpoint auquel on attachait le haut-de-chausses(2), les vêtements de l’époque étant pour la plupart dépourvus de boutons comme de boutonnières.
Diverses expressions de l’époque se rapportent à l’aiguillette, traitant d’un même sujet dans des contextes cependant radicalement différents:
« couper les aiguillettes » désignait, dans les jugements de Dieu, défaire l’armure du vaincu – qu’il soit champion ou représenté (combattant en personne ou non) – avant de l’exécuter ou de le mutiler selon la peine prononcée.
(1) Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc, théoricien français (°Paris1814 – Lausanne 1879)
(2) Les chausses sont, en quelque sorte, l’ancêtre de la culotte. Selon les modes, cette partie du vêtement couvrait le corps de la ceinture aux genoux ou se prolongeait jusqu’aux pieds.
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Avoir le droit de s’en prendre en signe de victoire à cet emblème de l’honneur et de
la bravoure prenait , pour le vainqueur de ces combats en champ clos, une valeur
toute symbolique.
Cela signifiait prendre à son ennemi ses couleur s, sa livrée, son écharpe, tant et si
bien que la mor t était préférable à l’ infamie d’un tel déshonneur .
Les armes du vaincu étaient ensuite disper sées, de manière à flét r ir ce qui avait
appar tenu au condamné.
Tout à l’opposé, l’obligat ion faite dès le XIVe siècle aux filles de mauvaise vie de
cer taines villes de France de por ter au bras, en guise de signe dist inct if, une
aiguillet te ou un ruban de couleur , d’où l’expression  » courir l ‘aigui l let te ». . .
Cet te expression désigna par la suite une femme débauchée puis, par extension, le
fait d’avoir des aventures galantes.
« Serrer les viei l les aigui l let tes  » signifiait êt re avare.
« Lâcher l ‘aigui l let te » ou « dénouer l ‘aigui l let te », tel était le geste posé lor sque
pr is d’un besoin naturel, on dénouait ses chausses pour le sat isfaire.
« Nouer l ‘aigui l let te » avait , quant à elle, une double significat ion:
en équitat ion, cet te expression désignait un sauteur en liber té effectuant une
croupade ou une cabr iole, en détachant une ruade t rès violente et t rès étendue en
allongeant les jambes dans toute leu r longueur .
Par cont re, dans la t radit ion populaire, elle désignait un maléfice auquel on
at t r ibuait le pouvoir d’empêcher la consommat ion du mar iage ( 1) .
2. Les aiguillettes dans l’Armée
ne anecdote rappor tée par l’Encyclopédie du XIXe siècle, cependant sans aucune
valeur histor ique, at t r ibue l’usage des aiguillet tes aux t roupes d’Elite.
Le Duc d’Albe (Fernando Álvarez de Tolède, °Piedrahíta 1508 –

Lisbonne 1582,
Gouverneur des Flandres de 1567 à 1573) se plaignant du compor tement de cer t ains
soldats des t roupes flamandes, ordonna que tout acte de lâcheté serait dorénavant
puni de mor t , par la corde.
Par bravade, les Flamands por tèrent ostensiblement un noeud de corde et un clou
fixés à l’épaule.
Par la suite, leur conduite sur le champ de bataille ayant été exemplaire, cet te corde
fut remplacée par de la passementer ie et devint l’ insigne réservé aux Corps d’Elite.
C’est à par t ir du XVe siècle que les aiguillet tes font officiellement leur appar it ion
dans l’uniforme militaire.
A l’époque, elles étaient en cuir de mouton, de chevreau ou de chien.
Les Seigneur s por taient les aiguillet tes à leur s couleur s.
( 1 ) Ces pr a t iqu es ét a i ent condamnées pa r l ‘Egl i se a u t r a ver s de plu si eu r s de ses conci l es et pa r l es pa r l ement s.
I l exi st a i t u ne cinqu a nt a ine de procédés: verge de lou p, lu ciol e a va l ée, f igu r ine de ci r e l i ée, . . .
On s’en défenda i t en met t a nt du sel da ns sa poche, des sou s ma rqu és da ns ses sou l i er s ou de l a gr a i sse de
lou p su r l a por t e de sa chambr e.
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Plus tard apparurent les écharpes arborées par -dessus leur armure par les Officier s,
en référence à leur grade. Les aiguillet tes permet taien t de fixer ces écharpes sur
l’épaule droite de la cuirasse( 1) .
Dès la suppression des écharpes, les aiguillet tes servirent à maintenir les
buffleter ies.
Les Corps régulier s, cavalier s comme fantassins, adoptèrent l’aiguillet te en tant que
signe de ralliement et de reconnaissance, aux couleur s de leur chef.
Ar r iva l’époque où l’Infanter ie fut équipée d’armes por tat ives.
Les aiguillet tes des fantassins furent dès lor s remplacées par les épaulet tes et les
cavalier s, qui ne por taient pas de baudr ier , furent le s seuls à les conserver .
Ce n’est qu’au cour s du XVII e siècle qu’elles devinrent une marque dist inct ive des
Régiments de Cavaler ie, qui arboraient chacun une couleur par t iculière:
couleur feu pour le Régiment du Roy.
couleur rouge pour les Gardes Françaises de Louis XIV.
couleur blanche pour la Maréchaussée.
En laine pour la t roupe, les aiguillet tes étaient en fil d’argent ou d’or pour les
Officier s, suivant la couleur des boutons de l’uniforme.
En France, leur por t fut officialisé pour la Cavaler ie par une Ordonnance de 1763.
Suppr imées pour tous les Corps d’Armée par la Révolut ion, elles furent rétablies
pour la Gendarmer ie nat ionale en 1797.
Elles étaient de couleur blanche, en hér itage de la Maréchaussée d’une par t et , d’aut re
par t , parce que le législateur de l’époque est ima que le blanc était une couleur
chevaleresque, mais non royale.
Le Premier Empire maint int l’aiguillet te, à l’usage des Corps d’Elite et des Officier s
d’Etat -Major . Les Généraux de la Garde Impér iale la por tèrent à droite.
La Restaurat ion conserva cet at t r ibut pour les Corps d’Elite uniquement .
3. Les aiguillettes dans la Gendarmerie française
‘Ordonnance du 16 mar s 1720 est le premier texte sur l’uniforme de la
Maréchaussée.
Elle at t r ibuait aux ar cher s de la Maréchaussée « les boutons façon argent ,
l ‘aigui l let te de soie blanche et le chapeau bordé d’argent « .
Aux Officier s et aux Exempts ( 2) , elle prescr ivait l’aiguillet te en argent .
Suppr imé par l’Ordonnance du 10 octobre 1756, cet at t r ibut est rét abli par
l’Ordonnance du 28 avr il 1778: de soie blanche pour les Maréchaux des Logis et les
( 1 ) Pa r t i e de l ‘a rmu r e prot égea nt l a poi t r ine et l e dos.
( 2 ) Sou s -Of f i ci er de Ca va l er i e, exempt du servi ce ordina i r e, comma nda nt l ‘Uni t é en l ‘a bsence du Li eu t ena nt .
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Br igadier s, en fil blanc pour les cavalier s, en fil d’argent pour les Officier s,
l’aiguillet te devait êt re por tée à gauche.
A nouveau suppr imée à la créat ion de la Gendarmer ie nat ionale (t it re III de la Loi du
16 févr ier 1791), cela n’empêche pas cer tains gendarmes de cont inuer à la por ter .
La loi du 7 germinal An V (27 mar s 1797) la rétablit aux t rois couleur s nat ionales:
les deux br ins nat tés étaient blancs et les cordons étaient l’un bleu, l’aut re rouge.
Un rappor t , daté du 14 messidor An V (02 juillet 1797), est présenté aux Minist res.
Il t raite de la forme de l’aiguillet te et des dist inct ions des diver s grades.
Les disposit ions de ce rappor t sont int roduites dans la loi du 28 germinal An VI (17
avr il 1798) réglementant t rès précisément la forme de l’aiguillet te, en cor rélat ion
avec les grades:
Chef de Division: deux épaulet tes d’argent ornées de franges à graines
d’épinard, avec noeuds de cordelières et cordes à puits( 1) .
Il ne por te pas d’aiguillet te.
Chef d’Escadron: à droite, une épaulet te d’argent ident ique à celles du Chef
de Division; à gauche, une aiguillet te à nat tes et fer rets en
argent . Un cordon est moit ié argent , moit ié soie bleu clair .
L’aut re est moit ié argent , moit ié soie écar late.
Capitaine: à droite, une épaulet te d’argent ornée de franges à graines
d’épinard; à gauche, une aiguillet te ident ique à celle du Chef
d’Escadron.
Lieutenant : à droite, une épaulet te d’argent ornée de franges à graines
d’épinard, losangées de car reaux de soie écar late; à gauche, une
aiguillet te à nat tes et fer rets en argent , un cordon étant en soie
bleu clair , l’aut re en soie écar late.
Maréchal des Logis Chef: à droite, une cont re-épaulet te en argent , sans
frange, losangée de rouge, bordée de deux cordes
à puits, l’une bleu clair et argent , l’aut re argent ;
à gauche, une aiguillet te à nat tes mélangés de
soie blanche et d’argent . Les cordons sont l’un
bleu, l’aut re rouge.
Maréchal des Logis: à droite, une pat t e d’épaule en drap bleu garnie d’un
passepoil écar late; à gauche, une aiguillet te tout en
soie. Les nat tes sont blanches et les cordons sont l’un
bleu, l’aut re rouge.
Br igadier : idem que le Maréchal des Logis.
Gendarme: idem que pour le Maréchal des Logis et le Br igadier , mais en fil.
Trompet te: à droite, un t rèfle en argent au lieu de l’épaulet te de drap; à
gauche, une aiguillet te en soie ident ique à celle du gendarme.
( 1 ) Les f r a nges à gr a ines d’épina rd const i tu ent l a pa r t i e f lot t a nt e et tomba nt e des épa u l et t es d’Of f i ci er s
su ba l t ernes, à l ‘ inver se de cel l e s des Of f i ci er s su pér i eu r s qu i sont à grosses tor sa des.
Les noeu ds de cordel i èr e sont l es ent r el a cs d’a igu i l l et t es.
Les cordes à pu i t s forment l a t r esse tou rna nt e de l ‘épa u l et t e.
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La par t ie supér ieure de l’aiguillet te se terminait en général par un pet it t rèfle de
fixat ion.
A la Gendarmer ie, la cont re-épaulet te était const ituée par un t rèfle ( remplaçant
progressivement les épaulet tes en drap chez les Sous -Of f iciers ) const itué d’un galon
disposé en deux bandes juxtaposées s’enroulant en t rois boucles au -delà du passant ,
la boucle cent rale venant s’at tacher près du collet par un pet it bouton.
Au fil du temps, le t rèfle se por tera des deux côtés, les nat tes et les cordons étant
ajustés sous celui de gauche.
C’est en 1804 que l’aiguillet te redevint blanche, c ordons compr is.
La Gendarmer ie d’Elite (1801-1815) por ta l’aiguillet te et le t rèfle blancs, mélangés
de soie bleue pour les Gradés, les Officier s à droite, les Gradés et la t roupe à
gauche.
Les Lancier s -Gendarmes, engagés dans la Campagne d’Espagne (1810 -1814),
por taient les mêmes aiguillet te et t rèfle, à gauche.
Les Gendarmes d’Ordonnance (1806 -1807) por taient l’aiguillet te d’argent à droite.
La Gendarmer ie des Chasses por tait l’aiguillet te à droite, tous grades confondus.
La Seconde Restaurat ion( 1) prescr ivit le por t de l’aiguillet te blanche montée en t rèfle
à gauche et d’un t rèfle blanc à droite ( bleu et argent pour les Sous -Of f iciers, rouge
et argent pour les Trompet tes ).
L’aiguillet te se composait de:
– deux nat tes à t rois br ins, terminées chacune pa r un noeud et par un fer ret .
– deux cordons redoublés dont les deux ext rémités sont réunies sous le t rèfle.
Le règlement du 5 févr ier 1819 définit l’aiguillet te comme suit :
en argent pour les Officier s, en filé d’argent pour les Maréchaux des Logis Chef, les
Maréchaux des Logis et les Br igadier s, en fil blanc pour les Gendarmes.
4. Les aiguillettes dans la Gendarmerie belge
aissons là l’évolut ion des aiguillet tes dans la Gendarmer ie française, qui subirent
encore quelques aménagements ava nt d’about ir à la présentat ion que nous

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